
À un moment où la rue bouillonne sous le poids de la pauvreté et de l’oppression, le ministère de l’Intérieur publie un communiqué affirmant qu’il « réglemente » le droit de manifester. Pourtant, ce qui est proposé ici n’est pas un élargissement de la liberté, mais une tentative manifeste de placer la rue dans un carcan juridique, transformant la protestation d’un acte populaire vivant en une activité gérée par une autorisation préalable du pouvoir.
Le communiqué commence par un langage familier sur les « droits » et les « libertés », mais son essence est vite révélée : manifester n’est plus un droit exercé, mais une demande de licence soumise et en attente d’approbation. Cela signifie que c’est le pouvoir qui décide quand, où et pourquoi les gens descendent dans la rue. Il s’agit d’une tentative autoritaire de réprimer les mouvements de protestation populaire. La décision de l’autorité au pouvoir vide l’idée fondamentale de la protestation de son sens : elle doit être un outil de pression immédiat et direct entre les mains du peuple, et non une procédure bureaucratique en attente d’un sceau d’approbation.
Cinq jours pour répondre à une demande de manifestation ? Cela seul suffit à tuer tout mouvement vivant. Le pouvoir ne veut pas d’une rue vivante, mais d’une rue disciplinée, soumise à ses conditions, se déplaçant dans des limites tracées à l’avance.
La décision a été rédigée dans un langage élastique : « ordre public », « atteinte à la sécurité », « bon fonctionnement des services publics ». Ce ne sont pas des concepts juridiques précis, mais des prétextes tout prêts pour ouvrir la porte à la répression à tout moment, empêcher toute activité de protestation et, par conséquent, justifier sa dispersion par la force.
Vient ensuite le coup direct : tout rassemblement non autorisé est considéré comme une « émeute » et est puni. Ici, le masque tombe complètement. Ce que le pouvoir n’approuve pas n’est pas une protestation, mais un crime. C’est avec cette simplicité que la politique est redéfinie : soit vous protestez avec une autorisation selon les désirs du pouvoir, soit vous êtes criminalisé.
L’autorité thermidorienne a publié sa décision susmentionnée comme un outil répressif clair : pour réprimer tout mouvement populaire s’opposant à elle ou à ses politiques, en particulier ceux qui expriment la colère des pauvres et des classes populaires. En revanche, les rassemblements barbares répétés de ses partisans resteront en dehors de toute responsabilité réelle, bien que les expériences passées aient montré qu’ils ne se limitaient pas à des slogans, mais se transformaient en agressions contre les citoyens et leurs biens, atteignant parfois le stade du meurtre, sans dissuasion ni organisation.
En ce sens, nous ne sommes pas face à une « réglementation » de la protestation, mais devant une tentative de redéfinir qui a le droit de protester en premier lieu. La protestation autorisée est seulement celle qui ne dérange pas le pouvoir, tandis que la colère réelle, la colère de la faim, du pillage et de l’oppression, est poussée dans la catégorie des « émeutes » pour être réprimée.
Le communiqué révèle quelque chose de plus profond : le pouvoir ne veut pas mettre fin aux causes de la colère, mais gérer ses résultats. Au lieu d’affronter la crise sociale et politique, il s’emploie à démanteler et à contrôler la rue, la transformant d’une force de pression en masses dispersées, effrayées ou soumises.
Mais la rue n’est pas toujours gérée d’en haut. Toute tentative de la placer dans une cage légale arbitraire est un aveu indirect de peur. Tant que la colère existe, les outils de contrôle ne l’élimineront pas, mais la retarderont et l’accumuleront.
Le droit de manifester n’est pas accordé par un communiqué, ni réduit à une licence. C’est un droit arraché sur le terrain et exercé lorsque les gens décident de crier face à leur réalité — et non lorsque l’autorité thermidorienne fantoche le leur permet.
Préparé par le comité de rédaction de Frontline
