
En ce deuxième 1er mai après la fuite d’Assad, la Fête du Travail revient en Syrie sans apporter la moindre stabilité à la classe ouvrière et aux masses laborieuses. Ces dernières ont payé le prix le plus fort de la guerre, de la fragmentation et de la dévastation qui ont frappé notre pays, et continuent de supporter des coûts élevés sous l’autorité thermidorienne à laquelle le pouvoir a été remis.
Il y a deux ans, avec l’effondrement du règne d’Assad le 8 décembre 2024, la scène n’était pas seulement celle de la chute d’un régime politique autoritaire, mais la désintégration d’un système de gouvernance ayant duré des décennies, fondé sur l’imbrication de la répression politique et du pillage économique systématique.
Cependant, avec l’arrivée au pouvoir de l’autorité thermidorienne, un programme de « réforme économique » et de « rationalisation des dépenses » a été annoncé comme condition à la reconstruction de l’État. En réalité, ce programme s’est avéré être une réarticulation de politiques visant à démanteler le secteur public et à faire porter le coût de l’effondrement sur la classe ouvrière.
Cela a commencé par des licenciements massifs sous prétexte de lutter contre les « employés fantômes ». Les estimations suggèrent qu’autour de 2011, il y avait environ 1,3 million de travailleurs dans le secteur public industriel, pour une population active totale dépassant les 5 millions d’ouvriers et d’employés.
Au lieu de s’attaquer aux racines structurelles de ce déséquilibre, une approche de choc a été adoptée :
- Le licenciement direct d’au moins 100 000 employés, selon des estimations partiellement documentées au cours de l’année 2025.
- Des estimations plus larges indiquent que le nombre total de personnes touchées par une exclusion directe ou indirecte — incluant les congés forcés et les restructurations — pourrait varier entre 300 000 et 400 000 travailleurs.
Il ne s’agit pas d’une réforme administrative, mais d’une restructuration forcée du marché du travail conforme à la logique de réduction du coût du travail salarié dans l’État et de transformation du chômage en outil de contrôle social.
En parallèle, l’autorité a lancé de vastes programmes de privatisation touchant plus de 100 entreprises publiques sous la bannière de la « libéralisation de l’économie et de l’attraction des investissements ». L’essence de ce processus n’est pourtant pas l’efficacité, mais le transfert de la propriété des moyens de production du domaine public vers le capital privé — local ou étranger — au sein d’une redistribution du pouvoir économique en faveur de la nouvelle élite dirigeante de Hay’at Tahrir al-Sham et de son entourage.
Tout cela s’est accompagné d’un effondrement généralisé de la structure productive : des coupures d’électricité dépassant 18 heures par jour dans la plupart des régions, des pénuries aiguës de carburant et la fermeture de centaines d’ateliers et de petites usines, particulièrement dans les secteurs de l’agroalimentaire et du textile.
Les données indiquent également qu’une grande proportion de petites et moyennes entreprises industrielles fonctionnent partiellement ou ont cessé toute activité, avec des variations significatives selon les régions et les secteurs, dans un contexte d’effondrement de l’approvisionnement énergétique et des chaînes de production.
Cette désintégration n’a pas produit un vide économique, mais a plutôt remodelé le marché sur la base des importations et de la contrebande, avec une domination croissante des produits étrangers au détriment de la production locale, et une multiplication des faillites chez les petites et moyennes entreprises. Ainsi, le travailleur est réintégré sur le marché en tant que main-d’œuvre excédentaire, soumis à des conditions de travail dégradées ou menacé d’une exclusion totale du cycle de production.
Dans cette réalité délétère, la question de l’organisation syndicale redevient un facteur central pour comprendre la phase actuelle. Au lieu de permettre la reconstruction d’organisations syndicales indépendantes, l’autorité thermidorienne a restreint l’activité syndicale, la transformant à nouveau en une structure administrative intégrée à l’État, tout en maintenant des organes de représentation formels dépourvus de véritable pouvoir de négociation. Toute tentative de protestation ou d’organisation indépendante se heurte à un étiquetage politique qui déplace la contestation du domaine des « revendications sociales » vers celui d’une « menace pour la stabilité ».
Ainsi, non seulement les conditions de travail sont démantelées, mais les instruments de représentation de la classe ouvrière sont également sapés, l’empêchant d’exprimer ses exigences.
Il est loin d’être exact de considérer la phase actuelle comme une transition linéaire de l’autoritarisme vers la liberté. Elle représente plutôt une reconfiguration des structures du pouvoir bourgeois sous de nouvelles conditions. Ce qui a changé, c’est la forme politique des élites dirigeantes ; l’essence du contrôle sur le travail et les richesses demeure identique — bien qu’avec des outils différents et de nouveaux noms politiques.
Dès lors, la question centrale n’est pas : qu’est-ce qui a changé au pouvoir ? Mais plutôt : qui possède la production, qui détermine les conditions de travail et qui monopolise la distribution des richesses ?
Que propose la Gauche Révolutionnaire à ce stade ?
Le Parti de la Gauche Révolutionnaire met en avant un ensemble de positions fermes dans sa ligne de lutte :
- L’arrêt des politiques de licenciements massifs qui ont touché des centaines de milliers de personnes directement ou indirectement, et la réintégration des travailleurs licenciés.
- La réorganisation du secteur public avec la participation des travailleurs eux-mêmes.
- L’arrêt des programmes de privatisation, considérés comme un transfert systématique de propriété en faveur du capital local et étranger.
- L’ouverture des dossiers de redistribution des richesses et de la propriété des moyens de production dans les secteurs stratégiques en faveur du peuple syrien, qui doit en être le propriétaire exclusif.
- La reconnaissance du droit à des organisations syndicales indépendantes et à la formation de syndicats libres.
- L’instauration d’une échelle mobile des salaires.
- La lutte pour une indemnisation mensuelle pour les travailleurs au chômage et licenciés.
Enfin, en ce deuxième 1er mai après la chute du régime, les questions fondamentales restent inchangées. Les élites dirigeantes ont changé, mais les rapports sociaux de travail n’ont pas évolué. Le discours s’est modifié en faveur de la nouvelle autorité, mais la structure de l’exploitation persiste.
Nous réaffirmons notre position centrale : Pas de libération politique sans libération sociale. Et pas de libération sociale sans briser la structure de contrôle sur le pouvoir, le travail et la richesse.
Tout le pouvoir et toute la richesse à la classe ouvrière et aux classes populaires !
Parti de la Gauche Révolutionnaire en Syrie1er mai 2026

