
Hier, le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité intérimaire, Asad al-Chaybani, est apparu lors d’une conférence de presse avec le ministre jordanien des Affaires étrangères et l’envoyé américain pour présenter ce qu’ils ont appelé une « feuille de route » pour résoudre la « crise » à Soueïda depuis juillet. En apparence, la feuille de route semble être une tentative de restaurer la sécurité et la stabilité et de protéger les civils, mais la réalité est tout autre : ce qui s’est produit ces derniers mois est le résultat de politiques sectaires et de pratiques miliciennes qui ont coûté la vie à des centaines de personnes et forcé des dizaines de milliers à se déplacer, amid la complicité des puissances régionales et l’absence de toute justice réelle. L’annonce de la feuille de route n’est qu’une tentative de légitimer l’Autorité intérimaire et de reproduire son contrôle, tandis que le peuple reste victime de déplacement, de pauvreté et de famine.
Les Massacres et les Désastres de Soueïda
Depuis juillet 2025, Soueïda a été le théâtre d’une guerre sanglante menée par l’autorité, révélant sa brutalité sectaire et la complicité des puissances régionales. Des affrontements ont éclaté entre les forces de l’Autorité intérimaire et ses milices ainsi que certaines tribus bédouines d’une part, et des groupes druzes locaux d’autre part, entrecoupés de massacres, de bombardements, d’enlèvements, de pillages et d’incendies de maisons qui ont fait des centaines de morts, des milliers de blessés et le déplacement de plus de 120 000 personnes amid une mini-famine. L’autorité a tenté de couvrir ses crimes en envoyant la « police » et des commissions d’enquête factices, tandis que les Cheikhs al-Aql (Cheikhs de la Raison) et les comités populaires ont formé un organe local dont le rôle n’a pas dépassé un apaisement temporaire. Sur le plan externe, Israël est intervenu par des raids aériens, et les Américains, les Jordaniens et les Nations Unies ont publié des déclarations creuses, tandis que le dossier de l’aide était utilisé comme un outil de chantage. Ce qui s’est passé n’était pas une crise locale, mais un nouveau chapitre de l’exploitation du sang syrien et du partage des ruines entre le régime et les puissances intervenantes.
L’État Sécuritaire Persistant
Un des problèmes fondamentaux de cet accord est qu’il ignore que la chute de la tête de l’ancien régime et de ses principaux chefs de ses appareils de sécurité ne signifie pas la chute de l’État sécuritaire lui-même. Les méthodes des appareils qui ont fondé la tyrannie n’ont pas été démantelées, et la feuille de route traite le ministère de l’Intérieur et la justice comme des références légitimes, ignorant que ces institutions sont impliquées depuis des décennies dans la répression et la corruption, et restent, même après le 8 décembre, liées à des pratiques répressives et illégales, y compris les massacres sur la côte. Confier à ces mêmes structures la mission de rendre des comptes sur les résultats de la commission d’enquête internationale indépendante signifie simplement leur conférer une légitimité trompeuse et expose le processus de justice au risque de la dilution habituelle que pratique l’autorité envers toute question touchant à ses intérêts.
Une Transition Assujettie à l’Impérialisme et à la Tutelle Étrangère
L’introduction de la Jordanie, de l’Amérique et d’Israël comme partenaires directs dans la « garantie de la sécurité » au sud n’annonce en aucune façon une indépendance nationale, mais confirme que l’avenir et l’unité de la Syrie se dessinent sur les tables des puissances régionales et internationales, loin de la volonté des Syriens eux-mêmes qui ont enduré plus de 15 ans de répression et de souffrance sous le règne d’Assad et de l’Autorité intérimaire. Cette ingérence extérieure reproduit la tutelle sur toutes les affaires du pays, de la sécurité à l’administration et la politique, et transforme toute transition politique en une simple façade qui ne reflète pas les véritables intérêts du peuple. Toute transition basée sur une telle tutelle est incomplète et déformée, elle perpétue les divisions internes, affaiblit l’unité nationale et risque de transformer les demandes de la révolution populaire en des cartes de négociation exploitées pour ancrer l’influence extérieure au lieu de permettre aux Syriens de déterminer leur propre destinée.
Une Révolution Réduite à une « Crise Locale »
Le soulèvement à Soueïda n’était pas simplement des troubles civils ou une crise de confiance avec le centre, mais une expression vivante de l’esprit de la révolution populaire syrienne : un rejet de la pauvreté, de la discrimination et de la tyrannie, et une insistance sur le droit du peuple à l’autodétermination et à gérer ses propres affaires loin de la centralisation qui a drainé ses richesses et l’a opprimé pendant des décennies. Par conséquent, tenter de transformer cette lutte en un dossier de « réconciliation » n’est qu’un moyen de la contenir, de blanchir l’autorité, de la vider de sa substance libératrice et de transformer les demandes légitimes du peuple en de simples papiers de négociation au profit du centre et de son élite dirigeante.
Reconstruction contre Loyauté et Obéissance
La feuille de route promet la reconstruction et l’octroi d’aide, mais elle lie ces droits légitimes au retour aux institutions de l’État central et à l’acceptation de sa logique, reproduisant l’ancienne équation d’Assad : services, emplois et stabilité contre loyauté et soumission au centre. Inversement, ce dont le peuple syrien a besoin, c’est d’une reconstruction soumise au contrôle populaire, garantissant la justice sociale et assurant une redistribution équitable des richesses, loin des projets conditionnés par les termes des donateurs, des appareils de sécurité répressifs et des politiques d’obéissance imposées, et non conditionnée par la soumission ou la loyauté au centre du pouvoir.
Police Locale sans Souveraineté
Les discussions sur une police locale représentant « toutes les composantes » cachent amère réalité : sa nomination et sa supervision seront sous le contrôle du même ministère de l’Intérieur, c’est-à-dire entre les mains des mêmes appareils qui ont bombardé Soueïda et commis des massacres avec le soutien de cette autorité. Cette proposition ignore la souffrance des habitants de Soueïda et leur longue lutte pour se libérer de l’emprise du centre sécuritaire depuis l’ère d’Assad, et transforme l’idée de l’autonomie démocratique en une simple version colorée et modifiée de l’appareil de sécurité central lui-même, prête à réimposer le contrôle sur la province et à réduire au silence la voix de ses habitants.
Unité Nationale Imposée par le Haut
Le slogan « lutter contre le discours de haine » peut sembler positif en surface, mais il est en réalité un outil pour réduire au silence l’opposition et empêcher toute voix courageuse qui dénonce les pratiques de l’autorité. Les expériences depuis la chute du régime d’Assad prouvent que cette autorité ferme complètement les yeux sur les voix qui lui sont affiliées et qui profèrent un discours de haine, leur apportant soutien et applaudissements, tandis qu’elle réduit au silence toute critique genuine sous les slogans d’une fausse unité nationale. La vérité est que la véritable unité ne s’impose pas par des décisions venues d’en haut, mais se construit through une égalité réelle et une justice sociale qui inclut tout le monde, et garantit à chaque individu le droit de s’exprimer librement, de manifester son opposition et de la pratiquer sans crainte ni menace.
L’Alternative Révolutionnaire
Toute feuille de route réelle et sérieuse doit partir des principes suivants :
Démanteler les méthodes et pratiques des appareils de sécurité, pas simplement les redorer pour permettre la continuation de la répression et des abus contre les Syriens.
Donner pouvoir aux comités populaires et aux organes locaux pour gérer la sécurité, les services et les processus de reconstruction d’une manière qui préserve leur spécificité et garantisse leur plein droit à l’autodétermination loin de la centralisation répressive.
Responsabilisation publique et transparente de tous ceux impliqués dans la répression et la corruption, et une activation réelle de la justice transitionnelle qui inclut tous ceux dont les mains sont tachées du sang des Syriens pendant plus de 15 ans de conflit.
Indépendance de la décision nationale vis-à-vis de la tutelle extérieure, et élever l’intérêt du peuple au-dessus des intérêts de l’autorité et des puissances régionales et internationales intervenantes.
Lier la reconstruction à la justice sociale et à la redistribution des richesses pour garantir les droits des déplacés et des zones les plus touchées, et réparer ce que les politiques centrales ont corrompu tout au long des années de conflit.
Conclusion
La feuille de route à Soueïda n’est qu’une tentative de reproduire l’Autorité intérimaire et d’ancrer la tutelle étrangère, tout en ignorant la souffrance du peuple syrien à Soueïda depuis juillet 2025 et les demandes du soulèvement populaire pour la justice et la liberté. L’autorité tente de redorer ses institutions de sécurité, de lier la reconstruction à l’obéissance et d’imposer une unité nationale venue d’en haut, tandis que la véritable alternative doit être basée sur le démantèlement des appareils répressifs, la responsabilisation des organes populaires locaux, la reddition de comptes des criminels, l’indépendance de la décision nationale, et lier la reconstruction à la justice sociale et aux droits des affectés.
Camarade Abu Jad
