Introduction
Le 8 décembre 2024, la chute du régime de la clique des Assad fut annoncée à l’issue d’une opération militaire éclair n’ayant pas duré plus de 11 jours. Ces journées ne furent marquées par aucune véritable bataille d’envergure, mais plutôt par une auto-dissolution spontanée de l’armée, des appareils de sécurité et de toutes les institutions de l’ancien régime – et ce, avant même que les factions islamistes armées venues d’Idlib (nord-ouest de la Syrie) n’atteignent la capitale Damas.
« À la tête des factions armées qui ont pris le pouvoir à Damas se trouve Hayat Tahrir al-Sham (HTS), l’une des factions islamistes les plus disciplinées et expérimentées. Elle est soutenue par un ensemble d’autres groupes salafistes-jihadistes affiliés, ainsi que par des combattants du prétendu « Armée nationale », sous tutelle turque.
Cette opération militaire a moins ressemblé à une conquête par la force qu’à une prise de contrôle du vide laissé par l’effondrement total de l’ancien régime de la clique. »
Dès son entrée à Damas, le nouveau pouvoir a immédiatement proclamé, dans ses premiers jours, que la chute de l’ancien régime marquait la fin de la révolution et que l’heure était désormais à la construction de l’État.
Des foules immenses ont déferlé dans toute la Syrie, exultant à la chute d’un régime familial – père et fils –, criminel et despotique, responsable d’un demi-siècle de massacres, de destructions et de souffrances inouïes infligées au peuple syrien.
Face à cet événement historique – la chute du régime de la clique Assad et son effondrement spectaculaire –, de nombreux intellectuels et forces politiques se sont précipités pour clamer haut et fort que ces événements marquaient la victoire de la révolution populaire née en 2011. Ils présentent le nouveau pouvoir comme l’incarnation des forces révolutionnaires ayant porté le flambeau de la révolte durant toutes ces années.
Parallèlement à cette vague de flagornerie et d’allégeance envers un pouvoir dont la nature et les intentions restaient encore obscures – notamment parmi certains segments de la population et des intellectuels libéraux ou « gauche libéralisée » –, le nouveau régime a révélé son vrai visage dès sa première semaine au pouvoir. Il a proclamé la fin de la révolution tout en annonçant la mise en place d’une « économie de marché libre », intégrant la Syrie au système capitaliste mondial. Cette orientation marquait une rupture avec les politiques économiques du régime déchu d’Assad, où la clique au pouvoir monopolisaient le rôle de capitaliste suprême du pays.
Les deux idées fondamentales avancées par le nouveau pouvoir dès ses premiers jours – « la révolution est terminée » et « place à l’économie de marché libre » intégrée au système capitaliste mondial – s’inscrivent, à bien des égards, dans la continuité des politiques observées ailleurs. On retrouve ce schéma dans des pays où des révolutions ou soulèvements populaires furent vaincus ou détournés : les révolutions d’Europe de l’Est après l’effondrement de l’Union soviétique, mais aussi dans plusieurs pays d’Amérique latine, d’Afrique, du Cambodge, du Laos, de l’Iran et ailleurs.
Dans ces différents cas – dont on peut comprendre les contextes et les aboutissements spécifiques à chaque pays – on peut s’appuyer sur la théorie de la révolution déviée développée par Tony Cliff [1]. Cette théorie a grandement contribué à expliquer comment le recul ou la défaite des forces révolutionnaires ouvrières dans les processus révolutionnaires conduit à l’émergence d’un rôle dirigeant pour des factions de la petite et moyenne bourgeoisie. Ces dernières s’emparent alors du pouvoir et construisent diverses formes de capitalisme d’État. Ce phénomène était particulièrement visible dans toutes les expériences révolutionnaires avortées jusqu’aux années 1970.
« Cependant, les transformations néolibérales du capitalisme mondial en crise ont révélé que depuis les années 1980, ces révolutions avortées – ou du moins la plupart d’entre elles – n’ont plus nécessairement abouti à l’établissement d’un capitalisme d’État comme auparavant. Les élites petites-bourgeoises qui ont accédé au pouvoir dans le cadre de processus révolutionnaires populaires aux trajectoires sinueuses – sur la base de la défaite ou de l’affaiblissement des forces révolutionnaires authentiques – ont soit rompu avec la dynamique originelle de la révolution populaire, soit activement contribué à son écrasement. Pourtant, une fois au pouvoir, ces élites se sont approprié le récit révolutionnaire à leur profit, tout en construisant un système politique à leur mesure. Elles n’ont concédé quelques avancées démocratiques qu’après avoir dû les arracher à la faveur de luttes politiques et sociales populaires acharnées contre leur domination. Plus significatif encore : ces régimes post-dictatoriaux se sont empressés d’ouvrir leurs économies au marché capitaliste mondial, imposant à leurs peuples des politiques néolibérales brutales. C’est précisément ce qui nous amène à les qualifier de thermidoriens.
Ce qu’il faut retenir – et que confirment les expériences révolutionnaires contemporaines – c’est que la chute des dictatures n’ouvre pas automatiquement sur une prétendue « transition démocratique » comme le proclament les think tanks occidentaux et les libéraux. Une véritable transition ne peut s’opérer que dans la mesure où les forces révolutionnaires politiques et sociales (ouvriers et classes laborieuses) deviennent les acteurs dirigeants de ce processus.
De l’éclosion de la révolution populaire à sa défaite
La révolution populaire syrienne a éclaté mi-mars 2011 comme un soulèvement massif, à la fois politique et social, contre le régime de la clique des Assad qui opprimait et appauvrissait le peuple syrien. Sans entrer dans les détails, on pourra se référer aux analyses du Courant de la gauche révolutionnaire – formé au cœur de la révolution 2011-2014 – concernant la nature de cette révolution populaire, son parcours et son évolution jusqu’à aujourd’hui (voir notamment notre article « Une révolution en cours », 2011, disponible via le lien en références). [2]
Pourtant, la brutalité du régime défunt, l’absence d’une direction révolutionnaire expérimentée, ainsi que les interventions et les rivalités des puissances impérialistes et régionales, ont conduit à la défaite de la révolution populaire qui réclamait liberté, justice, égalité et dignité.
En effet, entre 2012 et 2013, la situation en Syrie a évolué vers une militarisation croissante de la révolution, avec l’émergence de factions armées locales opérant sous la bannière de l’Armée syrienne libre (ASL), faiblement équipées, tandis que des groupes salafistes-jihadistes, bien armés et financés, voyaient leur influence s’accroître de manière significative.
Ainsi, dans cette dynamique de décomposition de la révolution syrienne et de défaite des forces révolutionnaires, la lutte armée a cessé de se limiter à la résistance contre le régime d’Assad. Elle s’est progressivement transformée en un conflit interne entre les différentes factions de l’opposition armée, marqué par une escalade des violences pour le contrôle du territoire, des positions d’influence et des ressources. Les premières victimes de cette guerre fratricide furent les unités de l’Armée syrienne libre (ASL), pourtant composées de civils engagés et de militaires dissidents ayant fait défection du régime. Ces groupes furent systématiquement écrasés dans cette nouvelle phase de confrontation.
« Dans la foulée de l’élimination de l’Armée syrienne libre par les factions jihadistes, une féroce guerre d’épuration sanglante éclata entre ces mêmes groupes islamistes armés. Ce conflit fratricide entraîna le déclin puis l’extinction complète du mouvement populaire, marquant ainsi la défaite définitive de la révolution, tandis que Daech et les autres factions jihadistes imposaient leur domination sur la majorité des territoires syriens échappant au contrôle du régime dictatorial.
La forme la plus monstrueuse des forces contre-révolutionnaires s’est incarnée dans l’État islamique (Daech), organisation à la nature profondément fasciste, qui émergea au second semestre 2013. Ce groupe fasciste acheva méthodiquement, entre 2013 et 2014, d’éradiquer les derniers vestiges des forces civiles et militaires de la révolution populaire.
Cette organisation fasciste étendit son emprise sur de vastes territoires en Syrie et en Irak, écrasant toute velléité de résistance. Son avancée ne fut stoppée qu’à Kobané (Aïn al-Arab), où sa tentative de prise de contrôle le 13 septembre 2014 se heurta à une résistance kurde héroïque. Cette bataille marqua le premier revers significatif de Daech, amorçant son déclin et sa défaite ultime.
Cependant, l’avancée des attaques de Daech jusqu’à Kobané a servi de prétexte aux États-Unis pour former une coalition internationale contre Daech et justifier une intervention militaire directe en Syrie. Ainsi, la « lutte contre le terrorisme » est devenue le cheval de Troie permettant aux puissances impérialistes d’intervenir militairement dans notre pays.
En réponse, un an plus tard, la Russie annonça à son tour une intervention militaire officielle en Syrie, officiellement pour soutenir le régime en place et combattre le « terrorisme ». Peu de temps après, le 24 août 2016, la Turquie lança également une intervention directe, prétextant lutter contre Daech et le « terrorisme » – un terme qui, dans le lexique turc, désignait en réalité le mouvement kurde syrien. Cette offensive fut suivie de plusieurs attaques et de l’occupation de nouveaux territoires syriens par Ankara en 2018 et 2019.
Pour compléter ce tableau, il est essentiel de rappeler que l’Iran et ses milices affiliées sont également intervenus très tôt pour soutenir le régime d’Assad. Quant à l’entité sioniste d’occupation [Israël], sa stratégie – inchangée depuis le début de la révolution – a consisté à affaiblir systématiquement les capacités militaires, économiques et politiques de la Syrie, quel que soit son dirigeant. Ainsi, la Syrie s’est transformée en un champ de bataille direct où s’affrontent puissances impérialistes et régionales.
Concurrence impérialiste
Pour éviter un affrontement direct en Syrie, les puissances impérialistes ont établi des zones d’influence tacites : les États-Unis ont cantonné leurs forces dans le Nord-Est, la Russie et l’Iran ont consolidé leur emprise sur les territoires du régime, tandis que la Turquie contrôlait le Nord-Ouest. Parallèlement, un accord secret russo-israélien a autorisé Tel-Aviv à mener des frappes contre le Hezbollah, l’Iran et ses milices proxies en Syrie.
Ces arrangements entre puissances impérialistes ont ouvert la voie à la signature d’un « accord de désescalade » à l’issue de la réunion d’Astana en mai 2017, où la Turquie, l’Iran et la Russie se sont réparti les zones d’influence et ont coordonné la gestion de leurs proxies syriens.
Les accords d’Astana ont entraîné le déplacement forcé de milliers de combattants de l’opposition et de leurs familles ayant refusé les mesures de réconciliation avec le régime d’Assad dans le sud de la Syrie, la banlieue de Damas, le centre du pays et Alep. Ces populations furent massivement transférées vers Idleb et sa campagne, une région désormais totalement inféodée à la Turquie sur les plans militaire, politique et économique.
Malgré les luttes intestines persistantes entre factions islamistes armées du nord syrien pour le contrôle et l’influence, celles-ci sont restées sous le joug de la tutelle turque. Tel fut précisément le cas de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) lors de son accession au pouvoir.
Avec le partage des zones d’influence entre les puissances impérialistes, la Syrie s’est trouvé durablement fragmentée à partir de 2019 en plusieurs entités disposant de leurs propres institutions gouvernementales de facto : dans le nord-est, l’Administration autonome kurde maintenait ses structures politiques, tandis que les zones sous occupation turque étaient administrées par le « Gouvernement intérimaire » de la Coalition nationale, et qu’Idleb tombait sous la coupe du « Gouvernement du salut » contrôlé par Hayat Tahrir al-Cham (HTS). Près de 60% du territoire restait néanmoins aux mains du régime d’Assad.
Dans chacune de ces zones, la population syrienne a dû vivre sous des régimes politiques distincts, avec des conditions socio-économiques et culturelles radicalement différentes, chaque territoire fonctionnant en relative autarcie par rapport aux autres.
Le Gouvernement intérimaire de la Coalition s’est révélé être une entité vide et inefficace, entièrement soumise à l’occupation turque qui en assurait directement la gestion sur tous les plans. À l’inverse, l’Administration autonome, le gouvernement de salut de HTS et le régime d’Assad disposaient chacun d’une marge d’autonomie décisionnelle variable. L’Administration autonome se distinguait toutefois par son projet politique démocratique, non confessionnel, non chauvin et socialement progressiste.
Sur le plan économique, le système de l’Administration autonome – bien que largement basé sur une économie de marché – repose principalement sur le dollar américain et entretient des relations commerciales bilatérales avec le Kurdistan irakien, tout en maintenant des échanges avec les autres zones syriennes contrôlées par les différentes autorités de fait.
À l’inverse, le gouvernement de salut [d’Idleb] s’appuyait sur une économie de marché totalement intégrée à l’économie turque, tout en maintenant des échanges limités avec les autres zones syriennes. Son attention se concentrait particulièrement sur les revenus des postes-frontières – enjeu de conflits sanglants entre les diverses factions islamistes. Le régime d’Assad, quant à lui, subissait un effondrement économique bien plus grave qu’ailleurs, conséquence des pillages systématiques de sa clique au pouvoir, des sanctions internationales ciblant ses dirigeants, de l’affaiblissement continu de ses alliés [iranien et russe], et des fluctuations brutales des échanges avec les territoires échappant à son contrôle au gré des combats.
Hayat Tahrir al-Sham (HTS)
Parmi près d’un millier de groupes armés islamistes aux orientations idéologiques diverses apparus lors de la militarisation de la révolution syrienne fin 2011 – et plus massivement en 2012 -, HTS émerge comme acteur central. Son ascension s’inscrit dans un double mouvement : d’une part, le déclin des structures révolutionnaires populaires (comités de coordination, conseils locaux) nées de la base sociale, et d’autre part, la transformation du soulèvement en conflit armé dominé par des factions majoritairement salafistes-jihadistes, dont l’émergence contribua à marginaliser définitivement le caractère populaire et civil de la révolte initiale.
Sur le plan militaire, ces factions jihadistes ont bénéficié d’un soutien régional et international massif (aussi bien étatique que privé), contrairement à l’Armée syrienne libre (ASL) qui, bien qu’incarnant la révolte des civils ordinaires et des militaires dissidents prenant les armes pour se défendre, n’a jamais obtenu un appui comparable.
Les affrontements armés ne se limitaient pas aux combats contre les forces du régime d’Assad. Les plus violents opposaient en réalité ces factions entre elles dans une lutte impitoyable pour le pouvoir, le contrôle territorial et les ressources financières, le tout justifié par une rhétorique religieuse extrémiste servant à légitimer leurs massacres. La première victime de cette guerre fratricide fut l’Armée syrienne libre (ASL), pratiquement anéantie dès 2014 sous les coups de ces groupes islamistes radicaux.
Parmi toutes ces factions islamistes radicales, le Front al-Nosra – affilié à l’État islamique en Irak lors de sa création en 2012 avant de changer plusieurs fois de nom et d’allégeance pour finalement devenir Hayat Tahrir al-Cham (HTS) – s’est distingué par deux caractéristiques majeures : une audace marquée et une discipline relative de ses membres, ainsi qu’un « pragmatisme extrême » dans sa direction. Bien qu’incarnant une force contre-révolutionnaire, al-Nosra/HTS a traversé plusieurs phases d’adaptation pour améliorer son image, sa réputation et étendre son influence. Cette évolution l’a vu passer d’une posture ouvertement hostile – combattant les forces révolutionnaires et l’Armée syrienne libre, allant jusqu’à piétiner les symboles de la révolution – à l’adoption d’un récit sectaire de la révolte, tout en associant désormais son étendard jihadiste aux drapeaux de la révolution.
Durant sa première phase (2012-2013), le Front al-Nosra opérait comme une faction jihadiste pleinement intégrée à l’État islamique en Irak, avec des liens organiques sur les plans organisationnel, militaire et financier.
La deuxième phase (2013-2016) vit le Front al-Nosra rompre avec l’État islamique en Irak – devenu en 2013 l’État islamique en Irak et au Levant (Daech) – pour finalement se rallier officiellement à al-Qaida. Cette scission marqua l’abandon du projet communautaire de Daech au profit d’une posture jihadiste plus classique.
Durant sa troisième phase (2016-2017), le Front al-Nosra tenta de se débarrasser de son étiquette terroriste liée à al-Qaida en annonçant – officiellement du moins – la rupture de ses liens avec le réseau jihadiste. Le groupe procéda alors à une opération de rebranding stratégique en absorbant plusieurs factions locales pour former « Jabhat Fath al-Cham » (Front de la Conquête du Levant), marquant ainsi une prétendue indépendance tout en consolidant son emprise sur le terrain.
« La quatrième phase (2017 jusqu’à la chute du régime d’Assad) vit le Front de libération du Cham (FLC) rompre définitivement avec al-Qaida pour fusionner avec d’autres factions islamistes sous le nom de Hayat Tahrir al-Cham (HTS). Ce nouveau cadre organisationnel marqua un tournant stratégique : dès 2017, HTS circonscrit officiellement ses opérations au territoire syrien, abandonnant ainsi le concept de jihad global – pierre angulaire de l’idéologie salafiste-jihadiste, particulièrement chez Daech – au profit d’une approche régionalisée.
«
Dans sa quête de domination sur les autres factions et d’expansion territoriale, HTS a mis en œuvre une stratégie militaire visant à éliminer, affaiblir ou fragmenter les groupes islamistes rivaux, pour ensuite les absorber ou grignoter leurs territoires dans les régions d’Idleb et de l’ouest d’Alep – des zones échappant alors au contrôle du régime d’Assad où ces factions islamistes se partageaient l’influence.
« HTS a appliqué cette stratégie hégémonique avec une efficacité méthodique, comme en témoignent ses actions contre Ahrar al-Sham, les Falcons du Cham, la Brigade al-Tawhid, le mouvement Nur al-Din al-Zinki, la Brigade al-Haq, le Front Ansar al-Din, l’Armée des Sunnites et d’autres groupes. À chaque fois, elle a systématiquement éradiqué toute faction islamiste armée refusant de se soumettre, consolidant ainsi son emprise absolue sur ces territoires et son ascendant sur les groupes locaux survivants.
«
Grâce à sa domination, HTS a réussi à imposer son contrôle sur la majeure partie de la province d’Idleb dans le nord-ouest de la Syrie et à l’administrer à travers ce qu’elle a appelé le « gouvernement du salut » depuis novembre 2017, sous le slogan de « libération de la Syrie ».
Idéologiquement, HTS a adopté un cadre salafiste-jihadiste tout en cherchant à se présenter comme moins extrémiste que les autres factions islamistes, notamment en comparaison avec Daech. Comme les autres groupes islamistes, elle justifiait tous ses revirements, ses batailles et ses massacres par des arguments doctrinaux et religieux, réduisant ainsi la religion à un simple instrument au service de son projet politique visant à consolider son influence et son contrôle. [3]
Sur le plan des relations extérieures, la direction de Hayat Tahrir al-Cham a cherché à établir le plus de relations possibles avec les pays disposés à les accepter, y compris les pays occidentaux, et tout particulièrement avec la Turquie – pays voisin, intervenant militairement en Syrie et détenant la plus grande influence dans la zone de présence et de domination de HTS.
Les relations entre HTS et la Turquie sont solides et très profondes. La Turquie a à plusieurs reprises fait appel à Abou Mohammed al-Jolani, le chef de HTS et de son organisation, pour contrôler les factions armées incontrôlables, bien qu’elles soient elles-mêmes affiliées à la Turquie. Autrement dit, HTS a joué le rôle de la police et du gendarme au service de la Turquie.
Sur le plan économique, HTS a mis en œuvre des politiques économiques néolibérales pures dans les zones sous son contrôle et a fondé ses ressources sur les revenus des points de passage qu’elle contrôlait, à savoir le point de passage de Bab al-Hawa avec la Turquie et le point de passage d’al-Ghazawiyah entre Afrin et la campagne ouest d’Alep. Cependant, HTS s’est réservé le monopole de certains secteurs commerciaux, tels que les produits pétroliers et ce qu’elle appelait les « dons ».
La base sociale
HTS a administré la province d’Idleb, jusqu’à sa prise de pouvoir à Damas. Cette vaste région du nord-ouest de la Syrie comptait environ 4,5 millions d’habitants, majoritairement des personnes ayant fui les zones sous contrôle du régime d’Assad et sa brutalité. Parmi eux, la province d’Idleb comprenait près de 2,9 millions de déplacés internes, dont deux millions vivaient sous des tentes dans des conditions misérables dans des camps de réfugiés situés pour la plupart près de la frontière turque.
La guerre, les politiques économiques néolibérales du gouvernement de HTS et le séisme qui a frappé la Syrie en février 2023 ont transformé la vie de plus de 90 % d’entre eux en une situation très misérable, dépendante de l’aide internationale.
Mais ce qui a encore aggravé la situation des masses à Idlib, c’est la réduction dramatique de l’aide internationale. Le 28 février 2024, le vice-coordinateur régional des Nations Unies pour l’aide à la Syrie a déclaré sur le site de DW (Allemagne) qu’au début de l’année 2023, l’ONU n’avait pu fournir que 37 % de l’aide humanitaire nécessaire en Syrie. Le manque considérable de ressources financières a ainsi conduit à l’arrêt de l’aide alimentaire du Programme alimentaire mondial des Nations Unies dans l’ensemble du pays à partir de janvier 2024, ce qui s’est accompagné d’une flambée vertigineuse de l’inflation et du chômage, ainsi que d’une misère croissante pour la majorité du peuple syrien.
Sur le plan de la composition de classe de Hayat Tahrir al-Cham (HTS), alors que ses dirigeants proviennent socialement de diverses couches de la petite bourgeoisie — personnes instruites, religieux, artisans et professions libérales —, l’essentiel de ses combattants est composé des fils des camps, des déplacés et des chômeurs issus du sous-prolétariat, cette « poussière humaine » sociale, ainsi que de djihadistes étrangers.
L’absence ou la faiblesse de l’aide humanitaire n’efface pas le fait que la détérioration de la situation des masses syriennes provient avant tout des politiques des autorités de fait au pouvoir — au premier rang desquelles le régime Assad — dont la principale préoccupation a été de privilégier les intérêts de leurs élites économiques et de leurs seigneurs de guerre, au détriment des masses syriennes.
Ainsi, les zones sous contrôle de HTS ont connu de vastes protestations populaires contre elle et contre ses politiques répressives et économiques aggravant la pauvreté, notamment en mars et avril 2024, soit quelques mois avant l’effondrement du régime Assad. À cette époque, HTS a réprimé les manifestations populaires qui scandaient, entre autres, le slogan : « Ni al-Joulani ni Assad, nous voulons reconstruire le pays ».
Il est probable que les développements survenus dans la région, les compromis impérialistes ainsi que l’effondrement du régime Assad aient, à ce moment-là, sauvé le pouvoir de Hayat Tahrir al-Cham à Idleb d’un effondrement similaire.
L’impasse du régime de la clique Assad
Au cours des quatorze années de la révolution puis de sa défaite, des affrontements entre les forces de la contre-révolution et des interventions impérialistes, la Syrie et son peuple ont connu de profondes transformations. La plus importante a été la putréfaction du tissu social, conséquence de la destruction massive des villes et des villages, de l’anéantissement de la majorité des infrastructures et de la ruine de dizaines de milliers d’usines et d’ateliers. Rien qu’à Alep, plus de 3 000 usines et ateliers ont été détruits. À cela s’ajoute le coût humain effroyable : environ deux millions de morts et de blessés, ainsi que le déplacement interne ou l’exil à l’étranger de près de la moitié des 23 millions d’habitants de la Syrie. Le tout accompagné d’une détérioration catastrophique du niveau de vie de la majorité des Syriens, dont la préoccupation première est désormais de simplement survivre.
À l’inverse, la principale préoccupation de la clique au pouvoir était d’arracher jusqu’au dernier souffle de vitalité qui restait aux Syriens. Mais l’épuisement par le régime de ce qui demeurait du peuple syrien, combiné à la rareté des ressources financières encore disponibles dans le pays, a commencé à le ronger de l’intérieur et à dévorer sa propre clientèle. C’est ce qui s’est produit avec Rami Makhlouf, proche du régime Assad, dont ce dernier s’est emparé d’une part considérable des richesses.
À l’approche de l’année 2024, le pouvoir d’Assad s’était considérablement affaibli. Le régime chancelant avait perdu le dernier reste de son soutien social, après que sa base — la bourgeoisie commerciale et industrielle — eut découvert qu’il avait étouffé son marché en raison de la contraction du pouvoir d’achat de la majorité des Syriens, et craignait en outre que le régime ne se retourne contre elle pour s’emparer de ses richesses, en raison de son besoin d’argent pour poursuivre sa guerre de survie.
Alors que, d’un côté, certains segments des classes populaires s’étaient illusionnés en pensant que le régime les protégeait confessionnellement contre les « bêtes islamistes », et que d’autres croyaient encore que le régime d’Assad défendait réellement la patrie comme il le prétendait. Ces secteurs ont fini par découvrir qu’ils mouraient de faim tandis que les membres de la clique se vantaient de leur richesse, que leurs propres enfants étaient envoyés mourir à la guerre tandis que les fils de la clique assadiste s’adonnaient aux formes les plus abjectes de débauche et de luxe. Ils ont découvert que ce régime criminel se nourrissait de leur sang et de celui de leurs enfants, et qu’il se moquait éperdument de leur sort.
Effondrement économique
Un rapport publié par la Banque mondiale le 24 mai 2024 a montré que le conflit en Syrie « a fortement affecté le secteur agricole avec le déplacement massif des agriculteurs et les vastes dommages infligés aux infrastructures et aux réseaux d’irrigation, ce qui a entraîné une baisse des récoltes. Les troubles liés au conflit ont également eu un impact considérable sur le commerce extérieur. L’effondrement de la production industrielle et agricole locale a conduit à une dépendance accrue de la Syrie vis-à-vis des importations ».
La profondeur de la détérioration économique en Syrie, résultant de la guerre et des sanctions, a été exprimée par les Nations unies le 30 janvier 2024 [4], affirmant que l’économie syrienne aurait besoin de 55 ans pour retrouver le niveau qui était le sien en 2010.
Dans un rapport publié le 28 octobre 2024 [5], le Centre Jusoor d’Études a indiqué que la crise économique du régime l’a contraint à dépendre des approvisionnements en pétrole « provenant des zones de l’Administration autonome et de l’Iran… Le régime assurait en interne entre 50 000 et 70 000 barils par jour, soit entre 25 et 35 % de ses besoins quotidiens ». Concernant le secteur industriel, le rapport souligne qu’« après 2011, ce secteur a été gravement affecté par les opérations militaires et a sombré au bord de l’effondrement. La majorité des industriels s’en sont retirés en raison de l’absence de sécurité et d’autres conditions nécessaires à l’investissement. Ainsi, le secteur a pratiquement cessé toute production entre 2014 et 2017 ». Au niveau du produit intérieur brut, « la part du secteur industriel est passée d’environ 25 % à moins de 8 % entre 2010 et 2014 ».
Le secteur du commerce n’a pas non plus échappé à l’effondrement économique subi par le régime Assad. Le rapport du Centre Jusoor d’Études mentionné indique qu’« après 2011, avec l’imposition de sanctions économiques contre le régime syrien et les personnalités qui lui sont proches, ainsi que l’entrée du Liban dans une crise financière, les exportations et importations ont fortement diminué et sont restées limitées avec certains pays de la région. Par conséquent, les ressources du secteur commercial ont chuté de manière spectaculaire, et son importance s’est essentiellement réduite au commerce intérieur ».
Et pour tenter de compenser la destruction économique, le régime Assad a encouragé les ressources illicites issues des « opérations de contrebande à travers les points de passage extérieurs et intérieurs, ainsi que du commerce de la drogue dont les revenus se sont accrus et ont atteint en 2021 environ 5,7 milliards de dollars », comme l’a indiqué le rapport du Centre Jusoor d’Études mentionné.
En résumé, selon les statistiques de la Banque mondiale [6], le taux de pauvreté en Syrie a atteint 90 % de la population syrienne. Le produit intérieur brut a chuté entre 2011 et 2023, passant de 61,3 milliards de dollars à 7,4 milliards de dollars, la livre syrienne a perdu plus de 99,6 % de sa valeur, et l’économie syrienne a perdu 24 ans de développement humain. Les investissements étrangers ont chuté de 2,5 milliards de dollars à environ 500 000 dollars, malgré l’aide apportée par les alliés du régime Assad, qui est restée insuffisante pour soutenir économiquement le pays. En Syrie, environ 7,5 millions d’enfants ont besoin d’aide humanitaire, et 13 millions de Syriens et Syriennes sont déplacés ou réfugiés.
Tous ces indicateurs confirmaient que la structure socio-économique sous l’autorité du régime de la clique des Assad avait atteint un état de désintégration et d’effondrement, que l’ancien régime ne pouvait plus affronter ni en atténuer les conséquences politiques. Ainsi, il était arrivé à un point de rupture, surtout que cet effondrement se répercutait sur toutes les institutions du régime, en particulier les structures de sécurité et militaires. Les soldats de son armée et ses officiers subalternes n’avaient plus aucune motivation pour défendre un régime moribond qui les affame, ainsi que leurs familles, et sacrifie leur vie.
Désintégration du régime des Assad
La Russie, principal allié international du régime de la clique des Assad, s’est engagée militairement depuis la fin de l’année 2015 pour soutenir le régime défaillant, afin de protéger ses intérêts impérialistes. Elle a œuvré à améliorer les conditions de sa survie, notamment à partir de juillet 2016, en invitant le gouvernement turc – principal adversaire du régime des Assad et plus grand soutien de nombreuses factions armées islamistes – à établir des contacts militaires avec le régime de la clique, dans le but de trouver une solution politique en Syrie.
Cela a été suivi par une série de contacts entre les régimes syrien et turc, ce qui a permis le lancement de ce que l’on appelle le processus d’Astana sur la Syrie, sous l’égide des États garants – la Turquie, la Russie et l’Iran – ainsi que des représentants du régime et de l’opposition. Ce processus a permis d’étendre la zone d’influence du régime et a consolidé la division de la Syrie en plusieurs zones, chacune relevant du contrôle ou de la tutelle d’un État impérialiste ou d’un autre (Russie, États-Unis, Iran et Turquie). Malgré les efforts pour parvenir à des accords avec le régime d’Assad et les appels du président turc Erdoğan à organiser un sommet entre eux, Assad, dans son arrogance et sa suffisance, a refusé de rencontrer Erdoğan. Alors que son régime, à peine maintenu à flot grâce au soutien de ses alliés, notamment l’Iran et la Russie, était au bord de l’effondrement, il a tergiversé, tentant de gagner du temps, déclarant en janvier 2023 que « le rapprochement avec la Turquie, sous médiation russe, doit viser à mettre fin à l’occupation turque de certaines parties de la Syrie ».
Ces pays régionaux et internationaux ont fini par réaliser que ce régime déliquescent fermait toute perspective de règlement politique en Syrie et constituait désormais un obstacle et un fardeau pour eux, alors que la Russie, depuis 2022, se retrouvait engagée dans la guerre en Ukraine, devenue son principal centre d’attention et de préoccupation.
À un moment où l’Iran et le Hezbollah avaient subi de lourds revers de la part de l’entité sioniste et de l’impérialisme occidental depuis la bataille de l’« Opération Tempête d’Al-Aqsa » en octobre 2023, leurs capacités à protéger un régime corrompu et déliquescent étaient fortement affaiblies, notamment après l’assassinat par l’entité sioniste du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, le 27 septembre 2024, et la menace proférée par Netanyahu à l’encontre d’Assad, l’avertissant de « ne pas jouer avec le feu » un jour avant le lancement de l’opération dite « Dissuasion de l’agression », qui précipita son effondrement.
Pour leur part, les tentatives des gouvernements arabes et de certains gouvernements européens visant à améliorer leurs relations avec Assad depuis 2023 ont révélé que rien ne pouvait plus être sauvé d’un régime autoritaire, corrompu et délabré, qui agonisait et expirait ses derniers souffles.
Quant à l’occupation israélienne, elle a saisi l’occasion du déclin du régime d’Assad déchu, qui avait joué pendant plus d’un demi-siècle le rôle de chien de garde, assurant calme et sécurité aux frontières sud d’Israël, pour en tirer profit, en coordination avec les puissances impérialistes intervenant en Syrie, afin de se débarrasser d’un régime pourri. Cela lui permettait d’étendre son contrôle sur de plus vastes zones de Syrie, de s’imposer comme un acteur majeur en concurrence avec la Turquie et de détruire ce qui restait des capacités militaires syriennes susceptibles de représenter une menace future.
Turquie et les autres puissances impérialistes ne disposaient d’aucun instrument capable d’annoncer l’enterrement du régime mourant des Assad, possédant un certain type de discipline et d’expérience, si ce n’est Hay’at Tahrir al-Sham, en tant que fer de lance, accompagné de plusieurs autres factions alliées.
Annonce de la chute du régime Assad
Dans ce contexte mondial, régional et local, Hay’at Tahrir al-Sham et les factions alliées — toutes issues des forces contre-révolutionnaires, tout comme le régime Assad en fuite — ont annoncé le lancement de l’opération « Dissuasion de l’agression » le 27 novembre 2024.
Les forces de l’opération « Dissuasion de l’agression » sont entrées à Alep, la deuxième plus grande ville du nord de la Syrie, en l’espace de 24 heures, puis dans les autres villes, atteignant Damas après 11 jours de marche. Le nouveau pouvoir a officiellement annoncé la chute du régime Assad le 8 décembre 2024, sans résistance notable.
Les soldats de l’armée du régime Assad ont abandonné leurs armes, retiré leurs uniformes militaires et sont retournés dans leurs foyers et leurs villes. Dans chaque ville et village, la population est descendue dans les rues, acclamant l’effondrement du régime et retrouvant à nouveau des espaces de liberté et d’activité.
Quant à l’élite militaire, sécuritaire et politique du régime de la clique Assad, qui se compte par milliers, elle a « disparu », pour apprendre plus tard qu’elle se trouvait à l’étranger, jouissant de son exil.
Ce qui s’est passé ressemblait à une opération de « passation de pouvoir », préparée avec un soin considérable.
Ainsi, nous nous trouvons face à un modèle unique d’effondrement spontané d’un régime autoritaire dans toutes ses institutions civiles et militaires. Ce qui s’est produit, c’est le remplacement d’un régime autoritaire, qui constituait le principal pilier des forces contre-révolutionnaires, par une autre faction de ces mêmes forces contre-révolutionnaires, hostile à lui, à savoir Hay’at Tahrir al-Sham, qui s’est revêtue, de manière trompeuse, du manteau de la révolution qu’elle avait contribué à vaincre et dont elle a approprié le récit à son profit.
Autorité de HTS : terreur / massacres / monopole du pouvoir
L’effondrement de l’ancien régime s’est accompagné de l’élan des populations syriennes pour récupérer des espaces de liberté, entraînant un large essor d’activités publiques politiques et sociales : création de partis et d’alliances, fondation d’associations, tenue de séminaires et de conférences, organisation de manifestations et de sit-in. La société tentait ainsi, à nouveau, de s’intéresser aux affaires publiques en toute liberté, loin de l’interdiction et de la répression.
Mais cette « joie » et cet espace de liberté arraché par les populations syriennes se sont rapidement réduits, laissant place à la peur et au sentiment de désillusion, en raison des massacres épouvantables commis par la nouvelle autorité et ses partisans, ainsi que par ses factions armées, à l’encontre des minorités religieuses, et du climat de provocation sectaire, rétrograde et raciste imposé au public soumis à cette autorité fasciste.
Ce qui était frappant, c’était cette transformation rapide du discours de l’autorité et de ses médias médiocres : d’un discours initialement destiné à rassurer les Syriens et à rejeter toute logique de vengeance, à un discours et des politiques proclamés par cette autorité à travers ses principaux dirigeants, du type « Qui décide libère » et autres fadaises. L’autorité insistait sur le fait que l’économie qu’elle souhaitait était une économie de marché libre de tout obstacle, et annonçait des accords concernant les ressources stratégiques du pays avec plusieurs entreprises de pays impérialistes. Face aux agressions israéliennes sur le territoire syrien, le discours officiel évitait toute condamnation, répétant docilement que cette nouvelle autorité aspirait à vivre en paix avec ses voisins (en l’occurrence l’État d’Israël).
Parallèlement au slogan populiste de l’autorité, « Lève la tête, tu es un Syrien libre », les villes et campagnes syriennes ont vu descendre dans les rues des foules de prédicateurs islamistes radicaux, de tendance wahhabite, pour conseiller, interdire, condamner et punir tout comportement social ou religieux jugé contraire à leurs convictions. Les slogans sont passés à « Nous sommes les Omeyyades » et « Damas nous appartient jusqu’au Jour du Jugement », accompagnés d’un discours confessionnel wahhabite effrayant.
Dans le même temps, la nouvelle autorité thermidorienne a appelé les civils possédant des armes, en particulier sur la côte syrienne, à les remettre au gouvernement sous prétexte de centraliser les armes entre les mains de l’État « pour préserver la sécurité et la paix civile ». Beaucoup d’habitants de la côte ont cru à cet appel et remis leurs armes. Mais l’autorité ne s’est pas arrêtée là : ses factions armées ont mené avec brutalité de nombreuses perquisitions dans plusieurs régions côtières « alaouites », sous prétexte de rechercher et de confisquer les armes.
Cela ne s’est pas limité à cela : dès que l’autorité d’HTS a pris le contrôle de Damas, les opérations de meurtre de civils alaouites se sont accélérées, chaque jour, par petits nombres. La réponse de l’autorité aux protestations et aux inquiétudes des habitants de la côte alaouite a été que ces assassinats n’étaient que des « événements isolés qui se produisent dans tous les pays ».
Cela s’est accompagné d’humiliations quotidiennes, confessionnelles et provocatrices envers les habitants des villages et villes alaouites, phénomène qui s’est reproduit dans d’autres régions, ainsi que de campagnes d’arrestations humiliantes et cruelles, filmées et diffusées sur les réseaux sociaux. Les milices confessionnelles de l’autorité ne se sont pas contentées d’arrêter et de torturer les détenus : elles les humiliaient en les faisant ramper et hurler comme des chiens.
Il était prévisible que ces humiliations, cette répression généralisée et cette famine délibérée envers les habitants de la côte alaouite ne resteraient pas impunies très longtemps. Une réaction militaire limitée a éclaté le 6 mars contre les postes de contrôle de l’autorité dans les zones alaouites. Elle n’a pas été menée par les « restes » de l’ancien régime, comme l’a prétendu l’autorité au pouvoir, mais par certains habitants opprimés, d’autant plus que la majorité des restes du régime précédent avaient été neutralisés par la nouvelle autorité.
Il est certain que la politique de massacres contre les minorités religieuses et ethniques constitue une politique systématique de cette nouvelle autorité, visant d’une part à soumettre les minorités religieuses et ethniques, et d’autre part à terroriser l’ensemble du peuple syrien par des scènes de meurtre et d’extermination. L’autorité confessionnelle a poursuivi sa série de massacres : environ un mois après les massacres de la côte, ses milices confessionnelles ont commis des massacres contre les Druzes à Achrafieh Sahnya en avril et mai 2025.
Ensuite, l’un de ses éléments a fait exploser l’église Mar Elias à Damas, faisant tomber des dizaines de civils en juin 2025. Enfin, le pays a été témoin de massacres en juillet 2025 contre les Druzes dans la province de Souweida, dans le sud de la Syrie, causant des centaines de victimes civiles druzes, la destruction et l’incendie de maisons ainsi que des enlèvements. De nombreuses victimes figuraient également parmi les habitants bédouins de la région.
On pourrait croire que cette autorité confessionnelle dispose d’un calendrier de terreur pour le peuple syrien, avec un massacre chaque mois. Mais la résistance héroïque des habitants de Souweida face aux milices de l’autorité et la défaite humiliante infligée à ces dernières ont brisé l’épine dorsale de cette autorité sanguinaire, transformant Souweida en une zone totalement hors du contrôle de l’autorité gouvernante de Damas.
Il ne faut pas ignorer que la violence aveugle et l’attaque brutale des milices de l’autorité – qualifiées de noms ronflants tels que la Sécurité générale ou le Ministère de la Défense – contre les civils druzes de Souweida ont été utilisées par l’État d’occupation israélien comme prétexte pour étendre son intervention et sa domination sur davantage de territoires syriens. La responsabilité incombe uniquement à l’autorité au pouvoir.
Il ne fait aucun doute que la violence confessionnelle et raciale de type génocidaire constitue un pilier de la politique de cette autorité confessionnelle pour intimider et terroriser l’ensemble du peuple syrien. C’est également l’une des caractéristiques du fascisme.
Vers la mainmise sur le pouvoir
L’autorité de HTS a pris des mesures rapides pour organiser ses instances de gouvernance et se préparer à s’approprier le pouvoir. Elle a commencé par tenir une réunion de ses nombreux chefs de factions armées, appelée « Conférence de la Victoire », le 29 janvier 2025, qui a abouti à la décision de nommer Ahmed al-Chara’a, chef de Hay’at Tahrir al-Sham, président intérimaire de la Syrie.
Cela a été suivi par la mise en scène d’une cérémonie grossière intitulée « Conférence nationale du dialogue », à laquelle environ 600 personnes soigneusement choisies par l’autorité elle-même ont été invitées. Ses sessions n’ont duré que quelques heures, le 25 février 2025, et ont produit quelques recommandations déjà préparées par l’autorité, sans aucune discussion réelle.
Ensuite, en pleine vague de massacres contre les Alaouites le 10 mars, et sous pression régionale et internationale, notamment des États-Unis, l’autorité a été contrainte de signer un accord avec les Forces démocratiques syriennes, un engagement qu’elle n’a jamais respecté. Trois jours après la signature, le 13 mars, elle a publié un décret constitutionnel centralisant tous les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire entre les mains d’une seule personne, Ahmed al-Chara’a, annonçant que la période de transition durerait cinq ans — la plus longue période de transition de l’histoire contemporaine, surpassant même les dictatures les plus brutales.
Comme si la nouvelle clique au pouvoir n’avait pas encore assouvi sa soif de contrôle total sur tous les rouages de l’État, elle a annoncé le 27 mars 2025 la création de « la Secrétairerie générale des affaires politiques », rattachée au ministère des Affaires étrangères. Il s’agit d’une instance ressemblant à un parti politique composée de « commissaires politiques » pour contrôler absolument tout. Dans chaque administration et position politique — qu’elle soit militaire, sécuritaire ou économique —, la décision effective n’appartient pas à l’employé ou au responsable, mais à une personne généralement anonyme, désignée simplement comme « le Cheikh ».
Toutes les ressources ayant appartenu au Parti Baas et aux partis de la Front nationale progressiste de l’ancien régime, dissous et confisquées, ont été placées sous le contrôle de cette secrétairerie.
Pour comprendre le rôle de cet outil politique dans la mainmise sur le pouvoir, il est utile de rappeler ses compétences telles que définies dans son acte de création : sa mission est « la supervision de la gestion des activités politiques dans le pays, la participation à l’élaboration et à la planification des orientations générales en matière politique, et la réutilisation des ressources du Parti Baas et des partis de la Front nationale progressiste ainsi que de leurs organisations et comités dissous ».
« Pour l’exécution de ses missions, la Secrétairerie générale a annoncé la création de bureaux locaux dans toutes les provinces, ainsi que six bureaux centraux :
– Bureau de la Jeunesse, qui semble se substituer aux organisations dissoutes des pionniers, de la jeunesse et de l’Union des étudiants.
– Bureau des Affaires féminines, chargé des questions juridiques, sociales, culturelles et politiques concernant les femmes syriennes.
– Bureau de la Coopération syndicale, destiné à organiser et contrôler le travail des syndicats.
– Bureau des Activités publiques, qui doit approuver les manifestations et événements après avoir évalué leur conformité avec les « valeurs de la société ».
– Bureau du Développement communautaire, qui organise des séminaires de discussion autour des lois et mène des campagnes contre les « mauvaises habitudes » comme le tabagisme ou la consommation d’alcool.
– Bureau des Affaires confessionnelles, chargé de la gestion et du contrôle des communautés religieuses. [7] »
Dans une tentative d’améliorer son image à des fins de marketing externe, l’autorité a annoncé le 30 mars 2025 la formation d’un gouvernement composé de personnes qu’elle a elle-même choisies, sans valeur politique ni représentativité réelle. Ces ministres ne disposent d’aucun pouvoir effectif dans leurs départements, à l’exception de ceux issus de la direction de Hay’at Tahrir al-Cham, qui occupent les portefeuilles des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Intérieur et des Waqfs.Malgré les efforts du pouvoir pour contrôler tous les leviers de l’État et de la société à travers la provocation confessionnelle, la violence sociale et les massacres, le mouvement populaire — qui a conquis un certain espace de liberté — ne s’est pas éteint, bien qu’il se soit considérablement réduit. On continue d’assister à Damas et dans d’autres villes syriennes à des manifestations sociales contre le non-paiement des salaires des fonctionnaires et des retraités, ainsi que de la part d’une armée de licenciés des institutions publiques. S’y ajoutent des protestations et sit-in contre les politiques portant atteinte à la liberté et aux droits des femmes, contre le sang versé des Syriens et la perpétration des massacres, et en faveur des libertés et de l’égalité citoyenne. D’autres mobilisations ont lieu en solidarité avec le peuple palestinien, dénonçant le silence du pouvoir — qui tient des réunions avec des responsables de l’entité sioniste — face à l’expansion de l’occupation israélienne sur le territoire syrien. On observe également des mouvements pour la révélation du sort des disparus, la fin des exactions contre les civils, contre le sectarisme et le chauvinisme, ainsi que diverses autres formes d’actions contestataires.
Le sectarisme attisé, la violence et les massacres entravent le développement d’une activité politique et sociale indépendante. Après l’essor initial de tentatives visant à créer des syndicats ouvriers et professionnels autonomes, le pouvoir a cherché à mettre la main sur plusieurs organisations professionnelles en procédant à la nomination des directions des syndicats des avocats, des ingénieurs et des médecins. En revanche, il n’a pas réussi — ou peut-être a-t-il méprisé — l’existence de syndicats ouvriers.
Sur le plan politique, les positions d’un certain nombre d’alliances démocratiques se sont affaiblies, soit par crainte de répressions de la part des autorités, soit par volonté de laisser une chance au pouvoir de prouver sa bonne foi, voire pour ces deux raisons à la fois. Ainsi, une large coalition regroupant plus de 30 entités à tendance libérale et réformiste, appelée « Tamasok » – Alliance pour la citoyenneté syrienne égalitaire, a déclaré ne se considérer « ni dans l’opposition ni dans la loyauté » et a invité le pouvoir au dialogue. [8]
Il est regrettable que plusieurs forces démocratiques aient choisi de se retirer de l’affrontement avec l’autorité et ses politiques destructrices, alors que de larges secteurs de la population ont besoin d’expressions politiques courageuses pour défendre leurs intérêts, organiser leurs luttes et élever leur niveau de conscience.
À cet égard, notre parti, le Courant de la Gauche Révolutionnaire, se distingue par sa position claire et publique d’opposition à l’autorité thermidorienne et à ses politiques génocidaires, sectaires, chauvinistes et antisociales, appelant à lui résister par l’engagement dans toutes les formes de luttes populaires et sociales, et en travaillant avec les forces démocratiques et sociales dans des fronts unis autour de toutes les causes des opprimés et des exploités de notre pays.
Un pouvoir thermidorien ?
Avec l’effondrement du régime d’Assad, certains ont cru que la révolution avait triomphé, tandis que d’autres ont considéré que les factions arrivées au pouvoir étaient celles de la révolution. Pour certains, cette illusion a été renforcée par le fait que le nouveau pouvoir a confisqué le récit de la révolution à son profit, en prétendant avoir contribué à l’écrasement des forces révolutionnaires dès 2012.
Comment comprendre la nature de ce nouveau pouvoir, issu d’un processus révolutionnaire avorté et écrasé dans le sang, qui prétend être, malgré ses politiques répressives, conservatrices et néolibérales, l’héritier de la révolution populaire de 2011 ? Alors même qu’il travaille à monopoliser l’autorité, il ouvre ses rangs aux criminels de l’ancien régime.
Nous avons constaté que la meilleure approche historique pour comprendre ce qui s’est passé en Syrie est celle du Thermidor, qui a marqué un tournant dans la Révolution française de 1789, lorsque l’aile conservatrice a éliminé l’aile révolutionnaire.
Le nom Thermidor fait référence aux événements du 9 Thermidor de l’an II de la République française. Thermidor est le onzième mois du calendrier républicain de la Révolution française, correspondant au 20 juillet – 18 août du calendrier grégorien. Ce jour, le 27 juillet 1794, marque la chute de l’aile révolutionnaire de Robespierre et des Jacobins en France aux mains de la contre-révolution conservatrice, c’est-à-dire le terme de “contre-révolution” dans le contexte d’une révolution.
Trotsky, dans son livre La Révolution trahie, indique que la prise de pouvoir par Staline constitue un Thermidor [9], c’est-à-dire une contre-révolution. Il souligne comment le Thermidor exprime des transformations sociales et politiques profonde: « Nous savons que les pionniers, les éducateurs et les dirigeants qui étaient à la tête des masses aux premières étapes deviennent les victimes de la première vague de réaction, tandis que des hommes de second rang progressent au premier plan, alliés à ceux qui, la veille encore, étaient ennemis de la révolution. Les joutes dramatiques des rôles principaux sur la scène politique masquent des glissements de classes et des transformations profondes dans la psychologie des masses qui, hier encore, étaient révoltées… La fatigue des masses et la décomposition des cadres au XVIIIe siècle ont conduit à la victoire du Thermidor sur les Jacobins, mais un processus organique et historique plus profond se cachait derrière ces phénomènes, en réalité secondaires. »
L’historien français Furet, dans son ouvrage sur la Révolution française [10], décrit les Thermidoriens comme ayant un passé absurde, contradictoire et sanglant, mais possédant malgré tout la conviction qu’ils sont les enfants de la Révolution. « En dehors de leur vie, rien ne les rattache à elle », ajoute-t-il. Il poursuit leur description en soulignant qu’ils « forment un groupe caractérisé par d’étranges oscillations entre règlements de comptes violents entre eux et accords viciés et sordides pour résoudre leurs conflits factionnels ».
La deuxième caractéristique de la thermidorianité, selon Furet, est sa bassesse, rompant complètement avec l’intégrité authentique du révolutionnaire. Les Thermidoriens « adoptent des habits qui leur permettent de se fondre parmi les nouveaux riches, se vantent de leur ascension sociale, partagent leurs secrets et se repaissent de leur désir de richesse et de pouvoir ».
Dans un contexte contemporain, le chercheur français Jean-François Bayart propose une analyse des situations thermidoriennes surgies après l’effondrement de dictatures dans des contextes de défaites de révolutions populaires – comme au Cambodge, au Laos, au Vietnam et ailleurs. Il les décrit comme des structures qui « cherchent à se reproduire comme classe dominante à travers une stratégie contradictoire : ouverture à l’économie capitaliste mondiale et accumulation primitive de capital, tout en diffusant une idéologie démagogique qui brouille les références révolutionnaires ». [11]
Dans la définition de cette couche thermidorienne, Furet, l’historien français mentionné ci-dessus, souligne que ces nouvelles élites thermidoriennes parlent un langage révolutionnaire tout en aimant l’argent et étant prêtes à tous les compromis pour rester au pouvoir : « Elles ressemblent à un mélange de nomenklatura révolutionnaire et d’amateurs d’argent. Elles forment un groupe à la fois fermé et ouvert : fermé sur lui-même par des souvenirs et intérêts communs, mais ouvert parce qu’il ne possède pas de principes qui le définissent et le disciplinent réellement ».
Ainsi, le modèle thermidorien concerne un processus dans lequel plusieurs traits se combinent et exige la présence d’au moins trois conditions dans la société concernée : une révolution vaincue, l’émergence d’un pouvoir thermidorien qui façonne ses propres structures étatiques, et l’intégration de l’économie nationale dans l’économie capitaliste mondiale par des politiques néolibérales et antisociales.
Les tâches révolutionnaires dans la situation actuelle
Les masses syriennes et les différentes classes sociales souffrent d’une exténuation et d’un effondrement profond après plus d’une décennie de guerre et de destruction ; elles sont sorties blessées et vaincues de leur révolution. Elles subissent également la désintégration des structures sociales elles-mêmes.
La moitié du peuple syrien reste réfugiée ou déplacée à l’intérieur du pays, plus de trois millions vivent dans des camps dans des conditions misérables. La pauvreté domine la majorité de la population. Les forces politiques, sociales et syndicales sont encore impotentes face à un pouvoir qui exerce la violence physique et psychologique, commet des massacres et impose des pratiques fascistes et confessionnelles, aggravant le déchirement des masses syriennes. Ce pouvoir croit que sa soumission aux désirs des puissances impérialistes lui garantira sa survie, en faisant miroiter au capital mondial, au capital du Golfe et à la Turquie que la reconstruction de la Syrie — estimée entre 300 et 400 milliards de dollars, certains allant jusqu’à 1 000 milliards — est un gâteau à partager s’il reste maître du pouvoir.
Le pouvoir thermidorien fonde son autorité sur la soumission aux puissances impérialistes et régionales, tout en pratiquant les formes les plus brutales de barbarie envers son propre peuple. À ce penchant violent s’ajoute le fait que ses politiques néolibérales ne feront qu’aggraver l’injustice sociale, contrairement à ses promesses d’augmenter les pensions de 400 % et d’améliorer la vie des Syriens.
De plus, sa propagande sectaire wahhabite, exacerbée par les massacres contre les Alaouites, les Druzes et les chrétiens, ainsi que sa propagande chauvine et raciste contre le peuple kurde en Syrie, ses attaques contre les grandes écoles sunnites telles que les Ash‘arites, les Maturidites et les soufis, ainsi que ses violations des droits des femmes et des libertés individuelles et collectives, ont plongé une écrasante majorité de Syriens dans l’hostilité, la défiance et le ressentiment envers le pouvoir thermidorien, grisé par sa force et son contrôle.
« Dans cette situation complexe et inégale, certaines régions syriennes sont hors du contrôle de l’autorité thermidorienne :
– Les zones de l’Administration autonome dans le nord-est de la Syrie, où la peur de la répression et la méfiance envers le pouvoir de Damas se sont accrues.
– La province de Soueida dans le sud de la Syrie, complètement indépendante de Damas après les massacres commis par le pouvoir contre les civils et la défaite de ses forces face à la résistance populaire. »
Malgré la dureté des conditions, un large réseau de regroupements politiques, sociaux, civils, démocratiques et de gauche subsiste dans les zones contrôlées par le pouvoir thermidorien, poursuivant ses activités culturelles, politiques et protestataires dans un environnement de plus en plus difficile.
Nous devons nous mobiliser sur toutes les questions qui concernent les masses syriennes : l’arrêt de la violence et la paix, les droits démocratiques et la citoyenneté, la lutte contre le sectarisme et le racisme, la réunification du pays, la résistance aux occupations et à l’impérialisme, la justice sociale et la lutte contre le capitalisme.
Pour toutes les questions communes et les tâches imposées par la réalité sur tous les plans, il nous incombe de définir des objectifs clairs afin de construire des fronts unis, connectant et coordonnant la lutte des masses syriennes dans toutes leurs régions de présence, et leur permettant de défier et de résister au pouvoir thermidorien, jusqu’à le renverser en faveur d’un système démocratique décentralisé et non sectaire, réunissant tous les Syriens et Syriennes en tant que citoyens égaux.
Pour accomplir efficacement toutes ces missions, les révolutionnaires doivent redoubler d’efforts et resserrer les rangs afin de progresser vers la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire de masse, en développant nos capacités organisationnelles et politiques et en élargissant notre enracinement populaire, répondant ainsi à l’aspiration des masses populaires pour un changement politique et social radical : une République démocratique décentralisée pour tous les citoyens, fondée sur l’égalité et la justice sociale.
Juillet 2025
Notes de bas de page
1. La révolution permanente déviée, Tony Cliff, traduction et publication par le Centre d’études socialistes, Le Caire, 1995. ↩︎
2. SyAA‘n = Ghiyath https://revoleftsyria.org/?s ↩︎
3. Site de la BBC britannique : Que savons-nous sur Hay’at Tahrir al-Sham, 30 novembre 2024. ↩︎
4. Al-Quds Al-Arabi, 21/02/2025 : « L’économie syrienne a besoin d’un demi-siècle pour retrouver son niveau d’avant 2011 ». ↩︎
5. Centre Jisr pour les études, 28 octobre 2024 : Économie du régime syrien : approches et politiques 1970-2024, préparation : Khaled Turkawi, Abdel Azim Al-Maghrabli, Mohamed Said Masri. ↩︎
6. Infographie L’économie syrienne… vers l’effondrement, Belqis Abd Al-Rida, site Madinat Al-Amaa, 2/01/2025. ↩︎
7. La Secrétariat Général aux Affaires Politiques Syriennes ?, Hossam Jazmati, site Al-Joumhouria, 8/04/2025. ↩︎
8. Al-Quds Al-Arabi, 23/03/2025 : lancement de l’alliance « Tamassok » en Syrie, Jean-Blat Shakkai. ↩︎
9. L. Trotsky, La révolution trahie, chapitre V, Le Thermidor soviétique. ↩︎
10. Furet, La Révolution française, p. 382. ↩︎
11. Jean-François Bayart, Le concept de situation thermidorienne, Centre d’études et de recherches internationales, n° 24 – mars 2008, Sciences Po, Paris. ↩︎

