Éditorial du Numéro 86 du Journal « Al-Khatt al-Amami » – Janvier 2026

Notre pays traverse aujourd’hui l’une de ses phases les plus périlleuses ; non seulement en raison de l’ampleur de la destruction des infrastructures et du tissu social, mais à cause de l’état de « paralysie politique » et de « l’attente mortelle » qui pèsent sur la majorité des forces politiques et sociales démocratiques et radicales. La scène actuelle suggère que la plupart d’entre elles restent immobiles, attendant un miracle, une résolution internationale ou une initiative d’un pouvoir qui, tout au long de son histoire, n’a maîtrisé que le langage des balles et des centres de détention. À « Al-Khatt al-Amami » (La Ligne de Front), et depuis notre position de solidarité totale avec les intérêts des masses laborieuses, nous considérons que ce silence et cette paralysie ne sont qu’une capitulation progressive face aux cartes de partage d’influence entre les puissances impérialistes et leurs agents, dessinées sur les débris de notre patrie.
Pourquoi sommes-nous arrivés à cette paralysie ?
L’état d’attentisme qui paralyse aujourd’hui le mouvement politique et social n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat de la convergence de facteurs structurels et répressifs. La machine de la tyrannie, soutenue par de multiples occupations, s’est employée à transformer la Syrie en une « terre brûlée » politique, provoquant, dans une certaine mesure, la désintégration et le pourrissement du tissu sociétal. L’éviction des véritables partis et organisations révolutionnaires ces dernières années n’était pas une simple conséquence de la guerre, mais un objectif stratégique pour le régime ainsi que pour toutes les forces de la contre-révolution.
À cela s’ajoute « l’oppression complexe » vécue par le citoyen syrien : une oppression résultant de la défaite sanglante de la révolution populaire et d’un complot international, doublée d’une oppression quotidienne liée aux conditions de vie, où obtenir un morceau de pain devient une bataille qui consume toute l’énergie. Cet épuisement systématique a conduit à un déclin de la capacité de réflexion et d’action collective pour des solutions politiques et sociales, poussant de larges secteurs vers l’individualisme ou l’émigration.
Nous ne pouvons ignorer ici le rôle insidieux joué par « l’esprit de l’ONG-isation » (NGOization). Ces organisations, par leurs financements conditionnés, ont réussi à absorber les jeunes cadres actifs, transformant la lutte — d’un acte de changement résistant à la catastrophe et visant à modifier les rapports de force en faveur du peuple — en « projets » techniques et ateliers isolés de la réalité sociale et des besoins des masses. Elles ont fait croire aux gens qu’ils luttaient pour leurs intérêts, alors qu’en réalité, elles contribuaient à domestiquer la conscience politique et à la lier aux agendas des bailleurs de fonds. Pour ces derniers, la vision pour la Syrie ne dépasse pas le cadre de la « gestion de conflit » au lieu de sa résolution, cherchant ainsi à contrôler les acteurs syriens actifs.
L’illusion de parier sur le pouvoir ou sur l’intervention étrangère
La véritable tragédie réside dans le fait qu’un large spectre de groupements politiques et sociaux hors du pouvoir paralyse encore son action dans l’attente d’une initiative venant du régime. Quelle illusion nous fait attendre d’un régime, qui a bâti sa légitimité sur les cadavres et la violence, qu’il ouvre la porte à un véritable dialogue national ? Le pouvoir à Damas, par son incapacité structurelle, sa composition de classe et idéologique, et sa dépendance totale vis-à-vis de l’étranger, a prouvé qu’il n’est ni capable ni désireux d’une transition politique touchant à l’essence de sa domination sécuritaire et de classe.
Quant aux puissances internationales et régionales, elles ne sont pas des « médiateurs » impartiaux, mais des partenaires du crime. L’objectif des interventions étrangères (russes, iraniennes, turques, américaines et israéliennes) est de maintenir le « statu quo » afin de garantir le partage de la plus grande part d’intérêts et d’influence. Ils attendent le moment propice pour diviser ce qui reste de notre pays et de la souveraineté de nos peuples, tandis que le sang des Syriens et leurs souffrances ne restent que de simples cartes de négociation sur leurs tables.
Feuille de route : de la concertation à l’Assemblée Constituante
Au Parti de la Gauche Révolutionnaire, nous estimons que malgré la gravité des circonstances, il existe des forces, des personnalités et des groupements démocratiques et de gauche capables de porter un véritable projet de salut. Cela commence par la formation d’un « Large Front Démocratique », en lien organique avec les régions échappant, à des degrés divers, au contrôle du pouvoir — telles que l’Administration Autonome, Soueïda et la Côte. Ce front doit s’imposer comme un acteur incontournable et œuvrer pour arracher le droit à l’autodétermination par la pression populaire et politique organisée. L’objectif final est l’établissement d’une « Assemblée Constituante » chargée de rédiger une constitution démocratique exprimant l’esprit du peuple syrien et ses intérêts pour bâtir une république démocratique décentralisée, préparant ainsi un congrès de dialogue national souverain, affranchi des diktats extérieurs.
Cependant, pour que ces visions ne restent pas prisonnières des bureaux, nous devons briser le mur de l’inertie. Nous lançons un appel franc et direct à toutes les forces démocratiques, de gauche et aux parties susmentionnées : si le chemin vers une assemblée fondatrice du Front semble long, commençons immédiatement par la première étape. Nous appelons à la tenue de réunions consultatives préliminaires ; des rencontres qui ne visent pas nécessairement une alliance immédiate, mais plutôt à briser l’immobilisme, échanger les visions, coordonner les positions sur le terrain et les revendications, et créer un noyau solide face aux tentatives de liquidation de la cause syrienne. L’initiative aujourd’hui est un acte révolutionnaire par excellence ; rester assis en attendant « la maturité des conditions internationales » est un suicide politique et une trahison des sacrifices de notre peuple.
Pas d’alternative à l’organisation
L’histoire n’est pas faite par ceux qui attendent, mais par ceux qui osent l’initiative dans les circonstances les plus sombres. L’oppression que nous subissons doit devenir le carburant de l’organisation, et la destruction de nos structures doit être compensée par la construction d’organisations populaires, syndicales et politiques indépendantes.
« Al-Khatt al-Amami » n’est pas seulement un journal, c’est un cri contre la stagnation. Nous exhortons tous les camarades, patriotes, démocrates et gauchistes à réaliser que la clé de la solution ne se trouve ni à Washington, ni à Moscou, ni à Téhéran, ni à Ankara, ni à Tel-Aviv, mais dans notre capacité à unir nos rangs au sein d’un large front politique et social démocratique et populaire, menant ensemble la bataille de la libération nationale, politique et sociale.
Brisons les chaînes de l’attente… Agissons maintenant… Victoire aux masses laborieuses, et gloire aux martyrs de la liberté.
Le Parti de la Gauche Révolutionnaire en SyrieJanvier 2026



